DzActiviste.info Publié le mar 29 Oct 2013

Un bilan ? Bonne idée !

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Le gouvernement s’emploie à dresser un bilan de Bouteflika pour la durée de son règne. L’annonce ne précise pas l’usage que le pouvoir compte faire de ce travail d’inventaire.
Comme pour donner le ton, Saâdani, le champion actuel de la louange, a évoqué les “projets pharaoniques” du Président, citant les exemples de l’autoroute Est-Ouest, du tramway et du métro. À l’image d’un pouvoir qui se parle à lui-même, il n’a pas craint de nous rappeler que l’autoroute, malgré le retard de livraison et ses surcoûts faramineux, est depuis son “achèvement” en permanente réparation, qu’elle a été le prétexte à de honteuses opérations de détournement et qu’il aura fallu quelque… trente ans pour réaliser… sept kilomètres de “tube”.
Mais ne nous attardons pas trop sur ce type de bilan politicien insoutenable. Puisque ce sont des fonctionnaires, par vocation appliquée, qui sont à l’œuvre dans cet effort de synthèse. Osons un conseil méthodologique à leur intention. Il suffirait peut-être de reprendre les travaux des commissions de réformes installées au tout début du règne de Bouteflika et de réévaluer leurs recommandations à la lumière de l’état actuel de délabrement ou de déliquescence de l’école, de la justice, de l’État et de l’économie. Peut-être pourrions-nous alors nous faire une idée de l’écart entre ce qui aurait pu être fait et ce qui a été réellement fait durant ce règne.
En d’autres termes, nous pourrions nous faire une idée de ce qui n’a pas été fait pour le pays sur la base de plans de réformes que le régime s’est lui-même donné !
L’on pourrait alors mesurer combien le sinistre de l’école a été entretenu. Mais aussi constater combien l’idéal d’indépendance de la justice a été contrarié, répandant le passe-droit et la grande corruption qui prospèrent sur l’humus de l’impunité. L’on pourrait alors percevoir la stagnation “coloniale” de l’administration. Et contempler les effets ruineux d’un système rentier  “beylical” hypothéquant tout développement économique productif.
Non content de maintenir dans le sous-développement des secteurs identifiés comme réformables, le régime en a laissé dériver d’autres, tout aussi déterminants dans le développement d’un pays. Un laisser-aller qui a contribué à la faillite qu’il croit cacher par une politique ultradépensière des ressources naturelles. L’agriculture est toujours piégée par son statut de laboratoire des statuts du foncier ; l’environnement est abandonné au massacre de l’incivisme cupide des promoteurs, des voleurs de sable, des pyromanes et des malpropres…
Passons sur les classements institutionnels internationaux où l’Algérie traîne invariablement au plus bas des tableaux. Pas un secteur qui ne soit frappé de médiocrité, parfois au prix d’un spectaculaire… effort de régression, comme, par exemple, l’enseignement supérieur et la recherche, l’éducation civique, l’architecture et l’urbanisme…
Politiquement, l’unique progrès démocratique inscrit dans la Constitution algérienne après 1989 — le principe d’alternance — a été solennellement sacrifié sur l’autel d’un régime qui aura programmé cette régression. Il restera, enfin, à estimer la dépense qui a été nécessaire pour faire applaudir toute cette ère de restauration politique autoritaire, de sous-développement économique et de régression culturelle.

Mustapha Hammouche Kassaman


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