DzActiviste.info Publié le sam 3 Août 2013

Une action réussie

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L’appel pour « la liberté de conscience et de croyance » de Tizi-Ouzou, quel que soit le nombre de citoyens qui se rassembleront au carrefour « Matoub Lounès » est déjà un succès. Le ministre des affaires religieuses ainsi que le wali de Tizi-Ouzou, une fois n’est pas coutume, ont dans des déclarations à la presse, rappelé les garanties républicaines de la liberté de conscience et de cultes. Le ministre des affaires religieuses a été jusqu’à incriminer les agents des services de sécurités qui auraient agi (transgressé la loi) de leur propre chef, portant atteinte aux droits et libertés des citoyens. Il lui est même prêté d’avoir répondu que le comportement de ces agents devrait relever des poursuites devant les tribunaux. Le wali de Tizi-Ouzou, de son côté, de façon assez surprenante mais louable, accorde une autorisation de fait au rassemblement du 3 Août 2013. Il déclare qu’il n’y a aucune raison pour interdire cette action. De ce fait il lui accorde l’autorisation qui relève de sa seule autorité.

Reste un certain nombre de questions. Ces déclarations dont l’opinion publique a pris compte reflètent-elles une attitude défensive provoquée par l’audace et le courage des auteurs de l’appel ou bien traduisent-elle un réel esprit républicain soudainement réhabilité dans l’action des commis de l’Etat ?

Le ministère des affaires religieuses, si prompt à instruire les khotabas du vendredi, de louer Dieu pour la santé du chef de l’Etat ou de bénir telle ou telle opération politique, a-t-il saisie la déclaration du ministre pour que les prêches du vendredi soient consacrés aux questions de tolérance, d’acceptation de l’autre ? Les imams vont-ils éviter les habituelles stigmatisations et autres appels aux crimes ?

Le Wali, prolongera-t-il l’autorisation qu’il a accordée au rassemblement du 03 Août par des instructions claires à l’adresse des services de sécurité ? Déjouera-t-il toute atteinte potentielle à la sécurité et à l’intégrité des citoyens qui prendront part à l’initiative. Sans faire dans le procès d’intention, ni jouer aux devins, il est possible d’anticiper certains danger qui peuvent accompagner cette mobilisation. Des hypothèses qui exigent bien plus que les déclarations républicaines citées plus haut. La responsabilité du wali, et au-delà de Mr Sellal et de son gouvernement, est totalement engagée. 

 Tizi-Ouzou reste l’une des villes algérienne qui demeure exposée aux phalanges combattantes du projet de thocratisation de l’Etat Algérien. Celles-ci peuvent projeter une action contre les pacifiques citoyens qui s’engagent pour « la liberté de conscience et de croyance ».  Certains secteurs de la population, trop longtemps travaillée par le discours de haine et d’intolérance qui accompagne le projet théocratique et les dérives dialoguistes de l’entente bureaucrates-islamistes, peuvent être sensibles au discours de groupuscules qui, s’ils ne sont pas versés dans le soutien au terrorisme, restent néanmoins extrêmement actif dans l’action prosélyte en faveur de l’idéologie fascisante de l’islam politique. Ces groupuscules peuvent être capables de provocations. Ou pire, comme ce fut le cas lors de l’historique marche du 14 juin 2001, des repentis et des nervis proches de leur idéologie peuvent être instrumentalisés par des milieux affairistes ou sécuritaires pour troubler le rassemblement ou le faire dégénérer.

Nous savons tous la capacité des services de sécurité à submerger avec effectifs et méthode les lieux d’initiatives citoyennes, nous pouvons donc attendre qu’ils ne se laissent déborder ni par des nervis portiers du paradis, ni par des enfants qui auraient été engagés par on ne sait quel réseau occulte. Le wali de Tizi-Ouzou semble faire montre d’une bien grande intelligence politique pour se laisser déborder et discréditer par de telles éventualités. Prions pour que cela soit le cas.

Il reste un autre signe positif, et pas des moindre, dans cette affaire : le silence observé par le ministre de l’intérieur. L’Algérie, dans son histoire, a trop souvent souffert des déclarations intempestives de ses ministres de l’intérieur. Pour ne citer que quelques exemples : il y a Ali Ammar avec son lointain « chahut de gamins », feu Hardi, avec son sinistre vocable de « laico-communistes », Noureddine yazid Zerhouni, avec ses nauséabondes déclarations sur Guermah Massinissa, l’actuel ministre n’est pas en reste bien sûr… mais tant qu’il garde le silence tout va bien.


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