DzActiviste.info Publié le dim 6 Mai 2012

Une agriculture bio par défaut

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La levée de la taxe antidumping sur les engrais importés en dehors du marché communautaire décidée par la Commission européenne a réjoui la filière algérienne de production de fertilisants.
Avant sa levée en 2012, cette taxe de 13% a été imposée aussi aux engrais algériens exportés vers le marché européen en raison du prix du gaz appliqué en Algérie.
Depuis l’arrivée sur le marché national en 2005 du leader espagnol en la matière, Villar Mir, pour le lancement de Fertial en partenariat avec Asmidal, la production d’engrais connait un nouveau souffle en Algérie.
En quelques années seulement, la production frôlera le million de tonnes d’engrais azotés, phosphatés ou l’ammoniac.
Un deuxième groupe de production d’engrais est sur le point de démarrer. Il s’agit de Sorfert, une joint-venture entre Sonatrach et Orascom Industrie.
D’ores et déjà, le nouveau producteur table sur une production annuelle de 1,2 million de tonnes entre ammoniac et urée. Sorfert projette aussi une seconde unité de 800 000 tonnes en deuxième étape.

Des engrais inaccessibles et résistance au changement

Il est évident que la disponibilité du gaz constitue un atout capital pour l’essor de l’industrie nationale de fertilisants. Avec les capacités de production installées, l’Algérie est désormais le principal producteur d’engrais dans le pourtour méditerranéen.
Mais paradoxalement, l’agriculture algérienne est la dernière à l’échelle maghrébine en termes d’utilisation d’engrais : La consommation de fertilisants qui ne dépasse pas les 17kg/hectare en Algérie atteint 30kg/ha en Tunisie et 25kg/ha au Maroc.
Ces niveaux de consommation restent, évidemment, très en-deçà des 100kg/ha atteints dans les pays de la rive nord méditerranéenne, comme la France où le débat porte désormais sur la réduction du taux de fertilisation chimique et toute sorte de productivisme en faveur d’une agriculture biologique en vogue dans les sociétés industrialisées.
Mais, il ne faut surtout pas relier ce faible taux d’utilisation de fertilisants en Algérie avec la tendance pour le développement d’une agriculture bio.

Des rendements médiocres

L’agriculteur algérien utilise peu, voire pas, de fertilisants pour des raisons matériels, avant tout. Dans la majorité des cas, les petits exploitants n’ont pas les moyens financiers adéquats pour acquérir des engrais à des prix jugés élevés, oscillant entre 3 000 et 5 000 dinars/quintal.
La seconde contrainte est d’ordre comportemental. A l’exception des quelques exploitations de grande taille, l’agriculteur algérien reste attaché au caractère traditionnel dans l’exercice de sa fonction et continue à faire preuve de résistance au changement en refusant de s’adapter aux nouveaux précédés techniques.
Cependant, le facteur sécuritaire, lui aussi, empêche l’intensification de la fertilisation des terres sachant que la distribution des engrais sur le territoire national nécessite le redéploiement des services de sécurité pour en assurer l’escorte.
Cette situation indique ainsi clairement que l’Algérie est encore loin de l’ère de la promotion de l’agriculture biologique au moment où le défi majeur est la satisfaction des besoins locaux en produits de première nécessité.
C’est pourquoi d’ailleurs les rendements restent d’une médiocrité caractérisée, notamment pour les grandes cultures comme les céréales où sur une moyenne de 3 millions d’hectares emblavés annuellement, les récoltes ne dépassent pas les 40 millions de quintaux, soit moins de 15 quintaux/ha.
En conséquence, faute d’une demande nationale en mesure d’absorber la production locale, l’industrie de fertilisants en Algérie se tourne vers l’exportation.

Classé dans:Financement et investissement dans l’agriculture, Marché agricole et régulation, Productions animales et végétales Tagged: antidumping, engrais, Fertial, marché européen, Sorfert


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