DzActiviste.info Publié le ven 15 Fév 2013

Une Algérie hésitante entre les idéologies des sociétés dominantes et les idéologies des sociétés dominées

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Ahmed Amokrane

Pour communiquer dans une langue, l’écrire, se faire comprendre et éviter les malentendus, nous avons besoin de règles . Des notions de grammaire et d’orthographe, sont alors nécessaires. Cette donnée est valable politiquement  pour toute société, qui aspire à l’entente, la stabilité et au progrès. La société algérienne, a  besoin de repères de la même façon qu’une  langue a besoin de règles grammaticales. Ces repères, que nous définiront ensemble, auront pour objectif de nous doter d’un système politique globale et cohérent. Ce système, jouera le rôle de cadre, dans lequel évolueront toutes les tendances y compris celles qui s’opposent politiquement. Les règles grammaticales d’une langue, sont reconnues et adoptées par tous ceux qui la pratiquent quelques soient leurs différences . Ces règles, fluidifient l’utilisation et la compréhension d’une langue, de la même façon que les repères d’un peuple, qui sont un ensemble d’idées et de pratiques, facilitent et apaisent la vie politique quelque soit la tendance politique des uns et des autres.

 

Ces idées et ces pratiques, qui nous serviront de repères, sont appelées : L’idéologie.

 

L’idéologie, qui rassemblera les différentes tendances politiques algériennes, reflétera les réalités sociologiques nationales. Cette idéologie, constituera un cadre pragmatique et durable dans lequel, les uns et les autres se reconnaîtront. Progressivement, nous déboucheront sur un système politique algérien, où des tendances politiques opposées et même contradictoires, pourront communiquer et défendre ensemble les repères communs.

 

Selon l’histoire du pays, l’état d’esprit des gens et l’ambition des sociétés, nous distingueront des idéologies dominantes et des idéologies dominées. De l’idéologie dominante, née l’hégémonie. Alors que la soumission, est le fruit des idéologies des sociétés dominées.

 

Sans être pessimiste, ni fataliste, l’humain est soit dominant, soit dominé  !

قال اهبطوا بعضكم لبعض عدو و لكم في الارض مستقر و متاع الى حين

)

سورة الأعراف (Descendez sur terre, les uns d’entre vous seront les ennemis des autres…….)

Coran

 

Puisque nous ne pouvons pas changer la nature dominatrice de l’humain, une question s’impose : En Algérie,voulons-nous êtres une société à idéologie dominante ou une éternelle société dominée ?

 

Pays aux grands potentiels humains et énergétique ,l’Algérie a largement les moyens de se doter d’une idéologie nationale .

 

Cette idéologie, se fera selon un consensus .Elle permet, d’apaiser la vie politique en assurant une efficacité de gestion et une stabilité d’alternance. Une idéologie algérienne, nous évitera les conflits politiques passionnels tels nous voyons actuellement en Tunisie et en Égypte. Notre pays, se protégera contre d’éventuelles agressions idéologiques venant de l’étranger et pourra par sa stabilité et son progrès,devenir une référence et donc un leader régional .

 

 

Pour avancer, les nations ont besoin de s’affirmer. De nombreux pays, devenus aujourd’hui une référence dans les domaines de la stabilité, de la  puissance et du progrès ,se sont battus pour accéder à leur statut actuel .

De ce fait, se doter d’une idéologie nationale, est un moyen de s’affirmer.

 

C’est en appelant à une rupture vis à vis de l’Angleterre vieillissante et corrompue, que les fondateurs des États unis d’Amérique, ont mené leur guerre de libération dès 1775.

A l’indépendance en 1783, les pères fondateurs des États unis, ont opté pour une idéologie républicaine pour marquer définitivement leur rupture avec l’idéologie monarchique et dominante de l’ancienne puissance d’occupation britannique.

 

Les iraniens, n’ont pu résister à l’expansionnisme Ottoman, qu’en optant pour le chiisme imposé par Ismaël 1er en 1501 pour sauver son pays. En effet, devant l’hégémonie des ottomans sunnites, Ismaël 1er, le fondateur de la dynastie Safawide ( 1501-1736: الدولة الصفوية),craignant une invasion turque, imposa à l’Iran, le Chiisme . Pays, très marqué par la doctrine soufie, l’Iran bascula au Chiisme sous le règne des Safawides au début du 16e siècle. Ce choix politique et idéologique, très contesté par de nombreux historiens vu son caractère violent et autoritaire, sauva l’Iran d’une occupation étrangère et en fera une puissance régionale à cette époque, capable de tenir tête aussi bien aux Ottomans qu’aux russes.

 

Chez nous, l’absence d’un projet politique et l’isolement  du régime par rapport à son propre peuple, nous font subir, l’hégémonie d’un occident en difficultés financières et économiques.

En face, les deux grandes tendances de l’opposition, représentées par les démocrates et les islamistes, s’accusent mutuellement. Les islamistes, considèrent les démocrates comme étant au service des intérêts de la France et les traitent de Hizb França,(le parti de la France) . Au même moment, les démocrates, considèrent les islamistes comme des obscurantistes à la solde des pays du Moyen Orient.

 

La réalité, est que les uns et les autres, ont des craintes exagérées et anachroniques. En effet, la France dont se méfient les islamistes et les Nassériens-Baathistes algériens, n’est plus que l’ombre d’elle même. La France d’aujourd’hui, n’a rien à voir avec celle des 19 e et 20 e siècles. L’économie française est malade. Ce pays souffre d’une crise financière sans précédent. La France, est secouée par des crises sociales et identitaires, qui dépassent l’imaginaire. La supposée puissance de la France, n’existe que dans les esprits de certains africains et malheureusement de certains algériens.

 

Une Algérie  structurée, consciente de ses potentiels, ne fera qu’une bouchée de la France qui fait tant peur à nos islamistes !

 

Pour ce qui est de la langue française, il faut savoir que c’est un atout majeur que d’avoir une grande communauté algérienne née et intégrée dans un espace comme l’Europe .Une Algérie démocratique, pourrait exploiter cet atout dans  différents domaines. Le français, sera un lien entre la diaspora algérienne et le pays d’origine. Les autres langues étrangères telles que l’Anglais et bientôt le chinois sont les bienvenues.

Pour les deux langues nationales, il est regrettable de constater que l’une et l’autre, ont cessé de donner depuis des siècles. L’arabe qui fut une langue de science et de diplomatie internationale, sombre depuis que le monde musulman a entamé sa post civilisation il y a huit siècles. Le Tamazight,la langue du roi Massinissa, souffre depuis le 5e siécle . En effet,aprés le décés de Saint Augustin,qui symbolisait d’une certaine façon la culture algérienne à l’époque,les romains imposèrent leur langue à tout le pays .

 

Au jour d’aujourd’hui,l’utilisation de nos deux langues nationales, que nous devons protéger et généraliser, relève de l’appartenance identitaire que d’un projet scientifique .

 

Si nous voulons faire de l’Arabe et du Tamazight,des langues,scientifiques,nous devons les développer en les adaptant aux données scientifiques actuelles . Nos deux langues ,sont en retards et ne peuvent malheureusement rien nous donner scientifiquement tant qu’on les a pas remises à jour après de si longues périodes de stagnation et de sous développement . Une langue scientifique, ne se décrète malheureusement pas .

 

 

Concernant les craintes que manifestent les démocrates à l’égare de leurs compatriotes islamistes, il faut savoir que le Moyen Orient, berceau des trois religions monothéistes, est actuellement en faillite culturelle, scientifique, idéologique et économique. En effet, depuis la chute de Baghdad au  13e siècle et sa prise par les Mongoles en 1258,le Moyen Orient est en hibernation . Ceux qui craignent cette région du monde,ainisi que ceux qui veulent en faire une référence, font une fausse route .

 

Il faut savoir, que la superficie de tout le moyen orient réuni, fait à peine la moitié du territoire algérien . Il faut savoir aussi, que sans pensée islamique cohérente et rationnelle, le moyen orient, ne risque pas d’aboutir à une idéologie qu’il pourrait exporter.

 

Au contraire, l’Algérie, par la qualité des travaux des philosophes ,Malek Bennabi et Mohamed Arkoun et de ceux du sociologue,Lahouari Addi,peut aboutir à une idéologie politique qui la remettrait sur la voie de l’entente, la stabilité et le progrès . Une idéologie, que nous pouvons, si on arrive à reprendre confiance en nous, exporter aussi bien en Orient qu’en France  !

 

L’Algérie, ne peut pas se contenter éternellement d’un banal statut de province d’un moyen orient en difficulté. Nous n’avons rien à gagner en étant la photocopie d’un occident qui a entamé sa décadence ni d’un moyen orient qui se cherche. Nous avons les moyens de nous organiser dans une Algérie pacifiée, démocratique, consciente de ses moyens et motivée pour un avenir meilleur.

 

 


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