DzActiviste.info Publié le jeu 8 Mar 2012

Une enveloppe de 30 milliards de dollars, aucun projet réalisé en cinq ans Les chemins de fer, illustration de l’échec de la politique des grands projets

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L’échec est total. Dans les chemins de fer, l’Algérie a tout raté. Aucun des grands projets ferroviaires annoncés depuis 2005 n’a encore vu le jour. Ni la réalisation d’une grande gare à Alger, ni la nouvelle ligne ferroviaire Thenia‑Bordj Bou Arreridj, ni le fameux TGV Est‑Ouest. Rien. Les échecs se sont multipliés, entre annulations de contrats en milliards de dollars attribués à des groupes locaux et étrangers et appels d’offres infructueux faute de candidats.

Cette succession d’échecs n’a pas fait bouger le gouvernement. Pour preuve, l’Anesrif continue d’annuler des contrats ou de déclarer des appels d’offres infructueux. Dernier exemple en date : mercredi 7 mars, l’appel d’offres relatif à l’étude de réhabilitation et modernisation des 80 gares ferroviaires de la SNTF a été déclaré infructueux. Raison invoquée : l’inéligibilité des soumissionnaires.
 
Une semaine auparavant, l’Anesrif publiait une mise en demeure à l’adresse du groupement sino‑turc CCECC et Ozgun en charge de la réalisation de la nouvelle ligne ferroviaire Thenia‑Bordj Bou Arreridj pour plus de 1,7 milliard d’euros. Le projet, attribué en juillet 2009, accuse un retard de plus de deux ans. Pourtant, cette ligne est stratégique pour le développement du trafic ferroviaire entre la capitale et l’est du pays. La ligne actuelle ne satisfait plus la demande en matière de fret et de transport de voyageurs.
 
 
De nombreuses annulations de contrats en 2011
 
L’année 2011 a été très riche en annonces d’annulations de contrats attribués, souvent après un avis défavorable de la Commission nationale des marchés publics, et en appels d’offres infructueux dans le secteur des chemins de fer. Ainsi, le 19 octobre 2011, l’Anesrif rendait publique une liste de six projets d’études déclarés infructueux en raison du manque de concurrents ou de la non‑conformité des offres. Parmi ces projets figuraient les études du contournement d’El Eulma, pour une vitesse d’exploitation de 160 km/h, et les études de 70 km de chemins de fer sur la ligne Sétif‑El Gourzi, également pour une vitesse d’exploitation de 160 km/h. Des bureaux d’études algériens (Saeti et Sidem) et étrangers (Obermeyer/Bernard), qui avaient répondu aux appels d’offres, n’ont pas été retenus tandis que deux projets d’études n’ont reçu aucune offre.
 
Depuis, on ignore si l’Anesrif a relancé ces projets. Toujours en 2011, le 6 mai, la même Anesrif annonçait l’annulation des appels d’offres pour la réalisation des nouvelles lignes ferroviaires à voie unique entre Boughezoul et Tissemsilt, sur 139 km et celle entre Boughezoul et M’sila, sur 151 km. Elle avait également annulé un autre appel d’offres portant approbation des études d’exécution, ainsi que le suivi et le contrôle des travaux de réalisation de la ligne ferroviaire à double voie électrifiée entre Birtouta et Zeralda. Des projets lancés en 2009 et 2010.
 
 
Plusieurs annulations en 2010
 
Comme en 2011, l’année 2010  a été elle aussi exceptionnelle en annulations de contrats et appels d’offres dans les chemins de fer. Les exemples sont nombreux. En mai, l’Anserif annonçait l’annulation d’un contrat de 91 milliards de dinars (1,2 milliard de dollars) attribué au groupement composé de CRG Ltd (Chine) et d’une entreprise publique algérienne. Le projet avait ensuite été attribué au groupement algéro‑espagnol ETHRB Haddad et FCC construction pour plus de 89 milliards de dinars.
 
Le 28 septembre : nouvelles annulations de contrats attribués à des bureaux d’études étrangers. Le premier marché concernait les études détaillées de la nouvelle ligne ferroviaire Laghouat‑Ghardaïa qui a été attribué au bureau d’études canadien Dessau international. La même société a perdu un autre contrat relatif aux études de la nouvelle ligne ferroviaire Bouchegouf‑El Khroub par Guelma. L’Anesrif a également procédé à l’annulation de l’attribution d’études détaillées de la nouvelle ligne ferroviaire Ouargla‑Hassi Messaoud, qui a été confiée au bureau d’études espagnol Getinsa. Le quatrième contrat annulé concerne les études de la ligne de chemins de fer Ghardaïa‑Ouargla. Il avait été attribué provisoirement au groupement de bureaux d’études sud‑coréens Saman‑Hanguk‑Dongsan‑Gyeongin. L’attribution de ces quatre projets n’a pas été validé par la Commission nationale des marchés publics, selon l’Anesrif.
 
En octobre de la même année, l’Anesrif annule deux contrats attribués au groupe CCECC. Ils concernent la réalisation des lignes ferroviaires Boughezoul‑M’sila sur 151 km et Tissemsilt‑Boughezoul sur 139 km. Dans le premier projet, CCECC était associé à une entreprise publique algérienne. Ces deux marchés n’ont pas été validés par la Commission nationale des marchés publics, selon l’Anesrif.
 
Le 21 novembre 2010, l’Anesrif annonce l’annulation de l’attribution provisoire d’un contrat au groupement Getinsa (Espagne)/TPF Planege (Portugal) /Sidem (Algérie). Le contrat, d’un montant de 2,375 milliards de dinars, portait sur l’approbation des études d’exécution ainsi que le suivi et contrôle des travaux de réalisation de la nouvelle ligne ferroviaire à voie unique entre Tissemsilt et Boughezoul sur 139 km, selon l’Anesrif.
 
Moins d’un mois plus tard, le 11 décembre 2010, le groupement ferroviaire russo‑algérien GFAR, constitué de Russian Railways et Infrafer, se voit retirer un contrat d’un montant d’un milliard de dollars, portant sur les travaux d’aménagement ferroviaire de la région algéroise. L’Anesrif n’avait fourni aucune explication sur cette annulation. Le groupement GFAR avait obtenu le contrat en 2008. L’appel d’offres pour ce projet avait été lancé en 2007.
 
Le 14 décembre 2010, nouvelles annulations. Onze appels d’offres nationaux et internationaux sont déclarés infructueux. Ces appels d’offres concernent la réalisation d’études détaillées de plusieurs nouvelles lignes ferroviaires électrifiées entre des villes situées à l’intérieur du pays, notamment dans les Hauts‑Plateaux. Parmi les projets annulés figure la nouvelle ligne électrifiée à grande vitesse (220 km/h) entre Aïn Salah et El‑Ménea, dans le sud du pays, sur 420 km, ainsi que les lignes électrifiées projetées pour relier Aflou et Laghouat sur 85 km, Boussaâda et Djelfa sur 105 km, El Bayadh et Djelfa sur 280 km, Sour El Ghozlan et Aïn Lahdjel sur 60 km, Ghardaïa et Menea sur 290 km, Tissemsilt et Khemis sur 100 km, Khenchela‑Batna sur 10  km, Tougourt‑El Oued sur 95 km, Draâ El Mizan (Tizi Ouzou) à Dellys (Boumerdès) sur 60 km et Batna‑Sétif sur 130 km.
 
L’Anesrif a expliqué que ces appels d’offres sont déclarés infructueux « pour motif d’inéligibilité des soumissionnaires ». Ces derniers étaient généralement des bureaux d’études étrangers comme Systra (France), Canarail (Canada), Getinsa (Espagne), Obermeyer (Allemagne), Dessau international (Canada), TPF Planège (Portugal).
 
 
Un secteur en retard sur les autres
 
Résultat, le secteur des chemins de fer est aujourd’hui le dernier de la classe de tous les secteurs. Comparativement aux travaux publics et aux ressources en eau ou à l’habitat, le secteur des transports ferroviaires a accusé beaucoup de retard, en dépit des milliards de dollars mis à sa disposition –  30 milliards, selon les annonces du gouvernement  – pour moderniser le réseau ferré existant et construire de nouvelles lignes rapides et confortables, dont 83 milliards de dollars pour la période 2010 – 2014 et 30 milliards de dollars dans le plan quinquennal 2005 – 2009. L’Algérie n’a réussi ni à construire des lignes ferroviaires, ni à se doter de moyens de réalisation nationaux
efficaces. Maigre bilan cinquante ans après l’indépendance.
 


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