DzActiviste.info Publié le mer 5 Juin 2013

Une horrible histoire qui annoce le chaos à venir par Kamel Daoud

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 On croit que parler
de la vacance du
Pouvoir, du télé
phone de Saïd,
d’une Présidence qui tourne
à vide et d’un régime, sont un
sport de spéculation et des redondances de chroniques
et on se trompe : hier à Alger et dans
d’autres centres d’examens du bac, il y a eu «émeutes
» de candidats et certains parlent «d’autorisation
de copiage» par des profs qui avaient peur d’un
effet de rue. La raison ? Surréaliste dans un pays
qui vit selon les normes : les candidats rejetaient
le sujet de philosophie jugé trop dur, ou n’ayant
pas été enseigné. Du coup, comme on le fait partout
en Algérie quand on associe le droit et le pays
du «bras», il y a eu colère, soulèvements et débordements
et excès. La mentalité ANSEJ, l’effacement
des dettes des Fellahs, l’argent gratuit, Valde-
Grâce, la logique du «on me paye pour que je
ne casse pas, donc je casse pour qu’on me paye», la
déliquescence de l’Etat et des valeurs, ont conduit à
cela : le pays fonctionne par la force et la menace.
Le bac est jugé dur ? On se soulève pour
l’annuler ou obtenir le droit de copier. C’est l’Algérie
moderne: un pays où tout est gratuit donc
rien n’a de l’importance. On prend le maquis,
on tue puis on redescend et on vend du sable et
on se fait téléviser sur Echourouk TV pour raconter
sa vie d’Emir de l’AIS. On détourne de
l’argent puis on va où on veut et on traverse les
murs et les enquêtes et rien n’arrive. On prend
des prêts et on ne les rembourse
pas et rien ne se passe.
On prend une plage et on
se la privatise. Un ascenseur,
une rue entière, un budget ou
une wilaya pour sa fille et rien
n’arrive. On triche et on n’est pas puni en politique.
C’est alors que l’on revendique l’égalité dans
le droit à la tricherie. C’est alors que l’on peut se
révolter contre une épreuve de philosophie parce
que jugée trop dure, c’est-à-dire pas facile, c’est-àdire
que ce n’est pas une épreuve ANSEJ, un milliard
gratuit, un prêt non remboursable. Tout s’obtient
par la menace de l’émeute et donc une réponse
à un sujet de bac aussi. Tout est traficoté et malhonnête
et gratuit, une épreuve de bac aussi.
La gestion du pays par la psychologie ANSEJ
a détruit le sens de l’effort, la justice, la notion
de sanction et de valeur, et elle a atteint le concept
sacré de l’épreuve: pourquoi me demandet-
on de faire un effort dans un pays où tout est
gratuit et où tout s’obtient par la violence ou
par la ruse ? C’est donc le sujet du bac face à
la génération ANSEJ. Le nouveau ministre de
l’Education aura beau à faire: il avait contre lui
50 ans de socialisme, trente d’arabisation, une
décennie de terrorisme, deux de Benbouzidisme
et vient de s’y ajouter trois ans d’ANSEJ. Presque
tout a été détruit en termes de valeurs et
d’institutions dans ce pays. Des urnes au bac.
Comme une entreprise-vengeance menée par un
homme qui n’a pas pardonné.
 


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