DzActiviste.info Publié le dim 11 Mai 2014

UNE PALESTINE EN PEAU DE CHAGRIN :Que reste-t-il à négocier ? (par CE C)

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UNE PALESTINE EN PEAU DE CHAGRIN :Que reste-t-il à négocier ? (par CE C)

Quand vous serez prêts à faire la paix, appelez-nous» James Baker exaspéré par les résistances israéliennes. (1990).

Une évidence: le dernier feuilleton produit par les Américains nous avait promis que les Palestiniens et les Israéliens avaient un an pour arriver à une solution au règlement de la cause palestinienne d'une façon mutuellement acceptable. C'était il y a un an. Aux dernières nouvelles, Martin Indyck – dont les sympathies pro-israéliennes sont connues – un nouveau «facilitateur» a été nommé par le département d'Etat pour faire durer le plaisir ou le calvaire selon que l'on soit d'un côté ou de l'autre. A moins d'un miracle, la date du 29 avril va consacrer la mort de ce processus. La dernière accélération est venue comme une riposte à la décision israélienne. Selon l'entente conclue en juillet 2013, Tel-Aviv s'était engagé à libérer en quatre phases 104 prisonniers incarcérés avant 1993. En contrepartie, la direction palestinienne avait consenti à suspendre jusqu'à la fin des pourparlers toute démarche d'adhésion aux organisations internationales, y compris les instances judiciaires à compétence mondiale susceptibles de poursuivre Israël. Les dirigeants israéliens réclament désormais une prolongation des négociations de paix au-delà du 29 avril. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a riposté en signant le 1er avril les demandes d'adhésion de la Palestine à 15 conventions et traités internationaux, Les erreurs américaines dans les négociations A sa façon, Benjamin Barthe, dans un réquisitoire sans concession, fait le procès des erreurs de John Kerry ayant amené à l'échec annoncé de ce dernier round de négociations qui dure depuis plus d'un an: «En renvoyant dos à dos Israéliens et Palestiniens, plongés dans une nouvelle crise qui pourrait être fatale aux négociations relancées en juillet, John Kerry a rendu un mauvais service à la cause de la paix au Proche-Orient. En 2013, le nombre de logements mis en chantier dans les colonies de Cisjordanie a progressé de 123% par rapport à 2012, alors qu'à l'intérieur d'Israël, sur la même période, la hausse n'a pas dépassé… 4%! M.Kerry n'a pas su arrêter ni même freiner le rouleau compresseur de la colonisation. Ce laisser-faire a deux conséquences dramatiques: il sabote de facto la solution à deux Etats, sur les lignes de 1967, qui est la formule de règlement du conflit la plus réaliste et il perpétue l'impunité dont se nourrit le système d'occupation israélien. Depuis juillet, 56 Palestiniens ont été tués par les forces de sécurité israéliennes, 146 maisons détruites et 550 attaques de colons ont été recensées. Durant la même période, cinq Israéliens ont été tués».(1) Benjamin Barthe nous dit que les Européens sont absents: «Les Européens hors jeu. Faute d'être prêt à corriger l'asymétrie inhérente à toute négociation entre un occupant et un occupé, M.Kerry aurait pu confier la tâche aux Européens. L'annonce par Bruxelles, lors de la reprise des pourparlers, de nouvelles directives excluant les colonies juives des programmes de coopération communautaires, augurait d'une répartition des rôles: le bâton aux Européens, la carotte aux Américains. Mais M.Kerry a vite cédé à la fâcheuse manie de Washington de gérer le processus de paix en tête-à-tête avec Israël.»(1) Benjamin Barthe nous raconte aussi le cycle des représailles disproportionnées. «La décision israélienne de ne pas libérer une quatrième vague de prisonniers palestiniens le 29 mars continue de provoquer des remous en Cisjordanie De fait, les Palestiniens ont, en quelque sorte, répondu au refus israélien en demandant l'adhésion de la Palestine à 15 conventions et traités internationaux. Bref, les deux parties s'accusent mutuellement d'avoir violé leurs engagements et la poursuite des négociations de paix au-delà du 29 avril est de plus en plus compromise. Même le secrétaire dÉtat américain John Kerry a laissé entendre que la patience de Washington avait des limites (…). Du côté d'Israël, la crise actuelle doit faire l'objet d'un débat au Parlement, symbole de cette régression: le retour comme envoyé spécial pour le Proche-Orient de Martin Indyk, un ancien du lobby pro-Likoud Aipac, déjà en poste durant le calamiteux processus d'Oslo. Les chancelleries européennes auraient pu faire preuve d'initiative en accélérant par exemple la réflexion sur l'étiquetage des produits des colonies. Mais les 28 répugnent à brusquer Israël.(1) Benjamin Barthes nous apprend que les Palestiniens s'accrochent au droit international, en vain: «Dans un environnement aussi peu favorable, les Palestiniens se raccrochent au droit international. S'ils ont accepté que les négociations portent, non pas sur un plan de paix intégral, jugé prématuré par Israël, mais sur un simple accord-cadre, c'était dans l'espoir que celui-ci inclurait les termes de références historiques du processus de paix, notamment les frontières de 1967, consacrées par la résolution 242 des Nations unies. (…). M.Kerry s'est laissé enfermer par M.Nétanyahou dans une discussion stérile, sur deux points inacceptables pour les Palestiniens: la reconnaissance d'Israël comme un Etat juif et le maintien de troupes israéliennes dans la vallée du Jourdain.» (1) Benjamin Barthes conclut par quelques recommandations: «(…) M.Kerry aurait pu tenter de contourner les manoeuvres dilatoires de «Bibi», en refusant toute prolongation du processus et en prévenant que la partie responsable du blocage s'exposerait à des contrecoups. Il aurait pu faire savoir qu'en cas d'obstruction israélienne, les Etats-Unis ne s'opposeraient plus à ce que l'Autorité palestinienne adhère aux agences des Nations unies, dans la continuité de sa reconnaissance comme Etat non membre de l'ONU, en 2012. M.Kerry a donc reproduit une à une toutes les erreurs de ses prédécesseurs. Comme si la diplomatie américaine était incapable de dépasser le paradigme d'Oslo, pourtant vicié de l'intérieur.»(1) Les conséquences des négociations: coup d'accélérateur à la colonisation On aurait pu penser que la réaction palestinienne amènerait les Israéliens à négocier; il n'en fut rien. On apprend que le ministre israélien de la Défense, «Moshe Ya'alon, annonce un projet majeur d'agrandissement de la colonie de Goush Etzion», titre le journal palestinien. Al-Hayat Al-Jadida «Israël a pris possession d'une centaine d'hectares de terrains en Cisjordanie occupée. Cette saisie, la plus importante depuis des années, selon la presse israélienne, semble préfigurer une relance importante de la colonisation au sud de Jérusalem.» (2) Pendant ce temps, le président Obama demande à son homologue palestinien Mahmoud Abbas, reçu à la Maison-Blanche le 17 mars, de «prendre des décisions difficiles» afin de permettre la poursuite des négociations avec Israël. A en croire la presse de Cisjordanie, le président palestinien serait resté intransigeant: «Mahmoud Abbas reste ferme sur les fondamentaux du nationalisme palestinien.» (3) On nage en plein délire. Que peut encore donner Mahmoud qu'il n'a pas encore bradé, pour une hypothétique reconnaissance d'une Palestine sur moins de 18% de la Palestine originelle. En fait, Israël jouit d'une impunité savamment entretenue par ses lobbys. Admonester un ministre américain n'est pas donné à tout le monde. C'est ce qu'à fait le 14 janvier, le ministre de la Défense israélien, Moshe Ya'alon, qui a accusé John Kerry d'être : «animé par une obsession incompréhensible et une sorte de messianisme», ajoutant qu'il ne pouvait «rien lui apprendre sur le conflit avec les Palestiniens». Washington a immédiatement exigé du Premier ministre israélien une condamnation de ces propos. Ha'Aretz fustige «l'esprit de dénigrement» de la droite israélienne, «qui considère que la 'relation spéciale'' [avec les Etats-Unis] est quelque chose d'acquis». (4) Pourtant, l'idée d'une Jérusalem comme le siège de deux capitales fait son chemin dans l'imaginaire de certains israéliens «En déclarant que les accords de paix d'Oslo [signés entre Israéliens et Palestiniens en 1993] signifieraient une capitale palestinienne à Jérusalem-Est, Ofer Shelah [ancien journaliste, élu député en 2013] a mis les adversaires de ces accords en fureur. De nombreux Israéliens présument qu'une capitale palestinienne à Jérusalem-Est revient à diviser de nouveau la ville. «Nous voulons une ville ouverte et partagée, non une ville divisée», dit une source palestinienne de haut niveau. «Nous demandons notre propre administration, mais il faudra une coordination entre les deux municipalités. Nous n'envisageons pas de mur au milieu.»(5) Conséquences tangibles de l'échec des négociations: les sanctions Par mesure de rétorsion après la récente demande d'adhésion des Palestiniens à une quinzaine de traités internationaux, Israël a annoncé des sanctions financières contre les autorités de Ramallah. Les taxes douanières et la TVA prélevées sur les marchandises transitant par Israël qui les rétrocède à l'Autorité palestinienne, s'élèvent à quelque 80 millions d'euros par mois. Un montant qui représente plus des deux tiers des recettes budgétaires propres de Ramallah et contribue au paiement de plus de 150.000 fonctionnaires et aux coûts de fonctionnement des ministères. Parmi les autres sanctions d'ordre économique, Israël a, dans le même temps, suspendu sa participation au développement d'un champ gazier au large de la bande de Ghaza adjacent à un champ israélien. (6) «Israël est responsable de la crise actuelle des négociations entre Autorité palestinienne et Etat hébreu. C'est en substance le message envoyé hier du Caire par les pays de la Ligue arabe. Pour Ryad al-Maliki, ministre palestinien des Affaires étrangères: «Israël a refusé de libérer le quatrième groupe de prisonniers palestiniens et annoncé la construction de 708 nouveaux logements dans la zone de Jérusalem Est, c'est ça qui est l'origine de la crise actuelle.» L'ONU a annoncé jeudi dernier avoir jugé conformes aux procédures internationales les demandes palestiniennes d'adhésion à 13 traités ou conventions internationales dont les Nations unies sont dépositaires. La Palestine a, par ailleurs demandé à la Suisse d'adhérer à la IVe Convention de Genève d'août 1949 sur la protection des civils en territoire occupé et aux Pays-Bas, l'adhésion à la Convention de La Haye d'octobre 1907 sur les lois et coutumes de la guerre sur terre. Selon des responsables palestiniens, la Palestine est officiellement devenue jeudi dernier une «haute partie contractante» de la IVe Convention de Genève qui interdit à la puissance occupante de transférer sa population en territoire occupé. Un texte considéré par les organisations de défense des droits de l'homme comme une interdiction de la colonisation israélienne.»(6) Les punitions: le sport palestinien dans la ligne de mire israélienne Les Palestiniens paient le prix fot, des vélléités timides de visibilité à l’échelle internationale, notamment dans les Organisations dépendant de l’ONU . Parmi ces sanctions celles qui ciblent les forces vives des Palestiniens. Nous lisons dans la contribution suvante : « Courroucée par la hardiesse de cette démarche, l'entité sioniste a annoncé récemment des sanctions financières contre les autorités de Ramallah. Le reversement des taxes collectées par les Palestiniens est gelé jusqu'à nouvel ordre. Parmi les autres sanctions d'ordre économique, Israël a suspendu sa participation au développement d'un champ gazier au large de Ghaza et va dans le même temps plafonner les dépôts bancaires palestiniens dans ses établissements financiers.» (7) « Le 11 avril se déroulait le marathon de Palestine, dont le départ était donné de l'église de la Nativité à Bethléem. Le parcours longeait le mur de sinistre mémoire et passait notamment par les camps de réfugiés d'Al Ayda et de Dheisheh. C'était sans compter sur les autorités israéliennes qui, comme l'an dernier, ont empêché les athlètes ghazaouis de participer à la fête. Pour se dédouaner, la juge Daphné Barek-Erez a simplement avancé que «le pouvoir judiciaire n'avait pas à intervenir dans les décisions prises par le ministère de la défense»(7). « Parmi les athlètes, victimes du blocus, figure Nader al-Masri. Ce n'est pas un inconnu dans le milieu des sports d'endurance. Il a participé à plus de 40 compétitions internationales parmi lesquelles les Jeux olympiques de Pékin, en 2008. (…) Comme des milliers d'autres Palestiniens, l'athlète a été touché de plein fouet par les décisions arbitraires des autorités d'occupation. Aux restrictions imposées par Israël s'ajoutent également celles qu'a prises l'Égypte à l'encontre de la population de Ghaza. La carrière sportive de Jawhar Nasser (19 ans) et d'Adam Habaliya (17 ans) est, en revanche, déjà arrêtée. Les deux petites perles du football palestinien ont été tirées comme des lapins à un check-point par des soldats israéliens. Jawhar a reçu en tout, 11 projectiles: sept dans le pied gauche, trois dans le pied droit et un dans la main. Halabiya a été touché par deux balles: une dans chaque pied. Ils ne pourront plus jamais jouer au football en compétition.»(7) Pour rappel: avant la création de l'Etat d'Israël, les populations chrétiennes, musulmanes et catholiques vivaient en paix dans cette région du monde. Israël veut l'anéantissement total de la Palestine avant la proclamation d'un Etat «juif». L'immigration sioniste n'était pas une banale immigration. Elle s'inscrivait dans le projet sionisme visant à s'approprier un territoire contre la population locale. Il a été rendu possible par l'occupant britannique. Vouloir un Etat juif n' a rien d'ethnique puisque les juifs comme les Palestiniens seraient des Cananéens! Et qu'il n'y a pas de peuple juif. Vouloir un Etat théocratique veut dire que les Arabes palestiniens, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, n'ont pas vocation à rester dans un Etat de juifs purs ou supposés tels. De ce fait, cela serait une deuxième Nekba pour les plus de deux millions d'Arabes israéliens qui devront s'entasser dans ce qui reste de la Cisjordanie, du même coup le retour des réfugiés de 1948 sera ainsi oublié. En fait, il n'y a pas de négociations. C'est un jeu de dupes maintenu par Israël et Washington. Israël continue de coloniser avec la bénédiction de l'Occident et l'objectif est tout simplement de supprimer toute possibilité d'Etat palestinien viable. Politiciens et médias occidentaux ont pour dogme de ne jamais agir contre l'Etat d'Israël quand bien même celui-ci occuperait et coloniserait des territoires déjà habités. La faute commise par l'un des leurs devient une faute ad vitam aeternam et ce sont les Palestiniens qui expient pour une faute qu'ils n'ont pas commise. Ainsi va l'ordre impérial.


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Quand vous serez prêts à faire la paix, appelez-nous» James Baker exaspéré par les résistances israéliennes. (1990).

Une évidence: le dernier feuilleton produit par les Américains nous avait promis que les Palestiniens et les Israéliens avaient un an pour arriver à une solution au règlement de la cause palestinienne d'une façon mutuellement acceptable. C'était il y a un an. Aux dernières nouvelles, Martin Indyck – dont les sympathies pro-israéliennes sont connues – un nouveau «facilitateur» a été nommé par le département d'Etat pour faire durer le plaisir ou le calvaire selon que l'on soit d'un côté ou de l'autre. A moins d'un miracle, la date du 29 avril va consacrer la mort de ce processus. La dernière accélération est venue comme une riposte à la décision israélienne. Selon l'entente conclue en juillet 2013, Tel-Aviv s'était engagé à libérer en quatre phases 104 prisonniers incarcérés avant 1993. En contrepartie, la direction palestinienne avait consenti à suspendre jusqu'à la fin des pourparlers toute démarche d'adhésion aux organisations internationales, y compris les instances judiciaires à compétence mondiale susceptibles de poursuivre Israël. Les dirigeants israéliens réclament désormais une prolongation des négociations de paix au-delà du 29 avril. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a riposté en signant le 1er avril les demandes d'adhésion de la Palestine à 15 conventions et traités internationaux, Les erreurs américaines dans les négociations A sa façon, Benjamin Barthe, dans un réquisitoire sans concession, fait le procès des erreurs de John Kerry ayant amené à l'échec annoncé de ce dernier round de négociations qui dure depuis plus d'un an: «En renvoyant dos à dos Israéliens et Palestiniens, plongés dans une nouvelle crise qui pourrait être fatale aux négociations relancées en juillet, John Kerry a rendu un mauvais service à la cause de la paix au Proche-Orient. En 2013, le nombre de logements mis en chantier dans les colonies de Cisjordanie a progressé de 123% par rapport à 2012, alors qu'à l'intérieur d'Israël, sur la même période, la hausse n'a pas dépassé… 4%! M.Kerry n'a pas su arrêter ni même freiner le rouleau compresseur de la colonisation. Ce laisser-faire a deux conséquences dramatiques: il sabote de facto la solution à deux Etats, sur les lignes de 1967, qui est la formule de règlement du conflit la plus réaliste et il perpétue l'impunité dont se nourrit le système d'occupation israélien. Depuis juillet, 56 Palestiniens ont été tués par les forces de sécurité israéliennes, 146 maisons détruites et 550 attaques de colons ont été recensées. Durant la même période, cinq Israéliens ont été tués».(1) Benjamin Barthe nous dit que les Européens sont absents: «Les Européens hors jeu. Faute d'être prêt à corriger l'asymétrie inhérente à toute négociation entre un occupant et un occupé, M.Kerry aurait pu confier la tâche aux Européens. L'annonce par Bruxelles, lors de la reprise des pourparlers, de nouvelles directives excluant les colonies juives des programmes de coopération communautaires, augurait d'une répartition des rôles: le bâton aux Européens, la carotte aux Américains. Mais M.Kerry a vite cédé à la fâcheuse manie de Washington de gérer le processus de paix en tête-à-tête avec Israël.»(1) Benjamin Barthe nous raconte aussi le cycle des représailles disproportionnées. «La décision israélienne de ne pas libérer une quatrième vague de prisonniers palestiniens le 29 mars continue de provoquer des remous en Cisjordanie De fait, les Palestiniens ont, en quelque sorte, répondu au refus israélien en demandant l'adhésion de la Palestine à 15 conventions et traités internationaux. Bref, les deux parties s'accusent mutuellement d'avoir violé leurs engagements et la poursuite des négociations de paix au-delà du 29 avril est de plus en plus compromise. Même le secrétaire dÉtat américain John Kerry a laissé entendre que la patience de Washington avait des limites (…). Du côté d'Israël, la crise actuelle doit faire l'objet d'un débat au Parlement, symbole de cette régression: le retour comme envoyé spécial pour le Proche-Orient de Martin Indyk, un ancien du lobby pro-Likoud Aipac, déjà en poste durant le calamiteux processus d'Oslo. Les chancelleries européennes auraient pu faire preuve d'initiative en accélérant par exemple la réflexion sur l'étiquetage des produits des colonies. Mais les 28 répugnent à brusquer Israël.(1) Benjamin Barthes nous apprend que les Palestiniens s'accrochent au droit international, en vain: «Dans un environnement aussi peu favorable, les Palestiniens se raccrochent au droit international. S'ils ont accepté que les négociations portent, non pas sur un plan de paix intégral, jugé prématuré par Israël, mais sur un simple accord-cadre, c'était dans l'espoir que celui-ci inclurait les termes de références historiques du processus de paix, notamment les frontières de 1967, consacrées par la résolution 242 des Nations unies. (…). M.Kerry s'est laissé enfermer par M.Nétanyahou dans une discussion stérile, sur deux points inacceptables pour les Palestiniens: la reconnaissance d'Israël comme un Etat juif et le maintien de troupes israéliennes dans la vallée du Jourdain.» (1) Benjamin Barthes conclut par quelques recommandations: «(…) M.Kerry aurait pu tenter de contourner les manoeuvres dilatoires de «Bibi», en refusant toute prolongation du processus et en prévenant que la partie responsable du blocage s'exposerait à des contrecoups. Il aurait pu faire savoir qu'en cas d'obstruction israélienne, les Etats-Unis ne s'opposeraient plus à ce que l'Autorité palestinienne adhère aux agences des Nations unies, dans la continuité de sa reconnaissance comme Etat non membre de l'ONU, en 2012. M.Kerry a donc reproduit une à une toutes les erreurs de ses prédécesseurs. Comme si la diplomatie américaine était incapable de dépasser le paradigme d'Oslo, pourtant vicié de l'intérieur.»(1) Les conséquences des négociations: coup d'accélérateur à la colonisation On aurait pu penser que la réaction palestinienne amènerait les Israéliens à négocier; il n'en fut rien. On apprend que le ministre israélien de la Défense, «Moshe Ya'alon, annonce un projet majeur d'agrandissement de la colonie de Goush Etzion», titre le journal palestinien. Al-Hayat Al-Jadida «Israël a pris possession d'une centaine d'hectares de terrains en Cisjordanie occupée. Cette saisie, la plus importante depuis des années, selon la presse israélienne, semble préfigurer une relance importante de la colonisation au sud de Jérusalem.» (2) Pendant ce temps, le président Obama demande à son homologue palestinien Mahmoud Abbas, reçu à la Maison-Blanche le 17 mars, de «prendre des décisions difficiles» afin de permettre la poursuite des négociations avec Israël. A en croire la presse de Cisjordanie, le président palestinien serait resté intransigeant: «Mahmoud Abbas reste ferme sur les fondamentaux du nationalisme palestinien.» (3) On nage en plein délire. Que peut encore donner Mahmoud qu'il n'a pas encore bradé, pour une hypothétique reconnaissance d'une Palestine sur moins de 18% de la Palestine originelle. En fait, Israël jouit d'une impunité savamment entretenue par ses lobbys. Admonester un ministre américain n'est pas donné à tout le monde. C'est ce qu'à fait le 14 janvier, le ministre de la Défense israélien, Moshe Ya'alon, qui a accusé John Kerry d'être : «animé par une obsession incompréhensible et une sorte de messianisme», ajoutant qu'il ne pouvait «rien lui apprendre sur le conflit avec les Palestiniens». Washington a immédiatement exigé du Premier ministre israélien une condamnation de ces propos. Ha'Aretz fustige «l'esprit de dénigrement» de la droite israélienne, «qui considère que la 'relation spéciale'' [avec les Etats-Unis] est quelque chose d'acquis». (4) Pourtant, l'idée d'une Jérusalem comme le siège de deux capitales fait son chemin dans l'imaginaire de certains israéliens «En déclarant que les accords de paix d'Oslo [signés entre Israéliens et Palestiniens en 1993] signifieraient une capitale palestinienne à Jérusalem-Est, Ofer Shelah [ancien journaliste, élu député en 2013] a mis les adversaires de ces accords en fureur. De nombreux Israéliens présument qu'une capitale palestinienne à Jérusalem-Est revient à diviser de nouveau la ville. «Nous voulons une ville ouverte et partagée, non une ville divisée», dit une source palestinienne de haut niveau. «Nous demandons notre propre administration, mais il faudra une coordination entre les deux municipalités. Nous n'envisageons pas de mur au milieu.»(5) Conséquences tangibles de l'échec des négociations: les sanctions Par mesure de rétorsion après la récente demande d'adhésion des Palestiniens à une quinzaine de traités internationaux, Israël a annoncé des sanctions financières contre les autorités de Ramallah. Les taxes douanières et la TVA prélevées sur les marchandises transitant par Israël qui les rétrocède à l'Autorité palestinienne, s'élèvent à quelque 80 millions d'euros par mois. Un montant qui représente plus des deux tiers des recettes budgétaires propres de Ramallah et contribue au paiement de plus de 150.000 fonctionnaires et aux coûts de fonctionnement des ministères. Parmi les autres sanctions d'ordre économique, Israël a, dans le même temps, suspendu sa participation au développement d'un champ gazier au large de la bande de Ghaza adjacent à un champ israélien. (6) «Israël est responsable de la crise actuelle des négociations entre Autorité palestinienne et Etat hébreu. C'est en substance le message envoyé hier du Caire par les pays de la Ligue arabe. Pour Ryad al-Maliki, ministre palestinien des Affaires étrangères: «Israël a refusé de libérer le quatrième groupe de prisonniers palestiniens et annoncé la construction de 708 nouveaux logements dans la zone de Jérusalem Est, c'est ça qui est l'origine de la crise actuelle.» L'ONU a annoncé jeudi dernier avoir jugé conformes aux procédures internationales les demandes palestiniennes d'adhésion à 13 traités ou conventions internationales dont les Nations unies sont dépositaires. La Palestine a, par ailleurs demandé à la Suisse d'adhérer à la IVe Convention de Genève d'août 1949 sur la protection des civils en territoire occupé et aux Pays-Bas, l'adhésion à la Convention de La Haye d'octobre 1907 sur les lois et coutumes de la guerre sur terre. Selon des responsables palestiniens, la Palestine est officiellement devenue jeudi dernier une «haute partie contractante» de la IVe Convention de Genève qui interdit à la puissance occupante de transférer sa population en territoire occupé. Un texte considéré par les organisations de défense des droits de l'homme comme une interdiction de la colonisation israélienne.»(6) Les punitions: le sport palestinien dans la ligne de mire israélienne Les Palestiniens paient le prix fot, des vélléités timides de visibilité à l’échelle internationale, notamment dans les Organisations dépendant de l’ONU . Parmi ces sanctions celles qui ciblent les forces vives des Palestiniens. Nous lisons dans la contribution suvante : « Courroucée par la hardiesse de cette démarche, l'entité sioniste a annoncé récemment des sanctions financières contre les autorités de Ramallah. Le reversement des taxes collectées par les Palestiniens est gelé jusqu'à nouvel ordre. Parmi les autres sanctions d'ordre économique, Israël a suspendu sa participation au développement d'un champ gazier au large de Ghaza et va dans le même temps plafonner les dépôts bancaires palestiniens dans ses établissements financiers.» (7) « Le 11 avril se déroulait le marathon de Palestine, dont le départ était donné de l'église de la Nativité à Bethléem. Le parcours longeait le mur de sinistre mémoire et passait notamment par les camps de réfugiés d'Al Ayda et de Dheisheh. C'était sans compter sur les autorités israéliennes qui, comme l'an dernier, ont empêché les athlètes ghazaouis de participer à la fête. Pour se dédouaner, la juge Daphné Barek-Erez a simplement avancé que «le pouvoir judiciaire n'avait pas à intervenir dans les décisions prises par le ministère de la défense»(7). « Parmi les athlètes, victimes du blocus, figure Nader al-Masri. Ce n'est pas un inconnu dans le milieu des sports d'endurance. Il a participé à plus de 40 compétitions internationales parmi lesquelles les Jeux olympiques de Pékin, en 2008. (…) Comme des milliers d'autres Palestiniens, l'athlète a été touché de plein fouet par les décisions arbitraires des autorités d'occupation. Aux restrictions imposées par Israël s'ajoutent également celles qu'a prises l'Égypte à l'encontre de la population de Ghaza. La carrière sportive de Jawhar Nasser (19 ans) et d'Adam Habaliya (17 ans) est, en revanche, déjà arrêtée. Les deux petites perles du football palestinien ont été tirées comme des lapins à un check-point par des soldats israéliens. Jawhar a reçu en tout, 11 projectiles: sept dans le pied gauche, trois dans le pied droit et un dans la main. Halabiya a été touché par deux balles: une dans chaque pied. Ils ne pourront plus jamais jouer au football en compétition.»(7) Pour rappel: avant la création de l'Etat d'Israël, les populations chrétiennes, musulmanes et catholiques vivaient en paix dans cette région du monde. Israël veut l'anéantissement total de la Palestine avant la proclamation d'un Etat «juif». L'immigration sioniste n'était pas une banale immigration. Elle s'inscrivait dans le projet sionisme visant à s'approprier un territoire contre la population locale. Il a été rendu possible par l'occupant britannique. Vouloir un Etat juif n' a rien d'ethnique puisque les juifs comme les Palestiniens seraient des Cananéens! Et qu'il n'y a pas de peuple juif. Vouloir un Etat théocratique veut dire que les Arabes palestiniens, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, n'ont pas vocation à rester dans un Etat de juifs purs ou supposés tels. De ce fait, cela serait une deuxième Nekba pour les plus de deux millions d'Arabes israéliens qui devront s'entasser dans ce qui reste de la Cisjordanie, du même coup le retour des réfugiés de 1948 sera ainsi oublié. En fait, il n'y a pas de négociations. C'est un jeu de dupes maintenu par Israël et Washington. Israël continue de coloniser avec la bénédiction de l'Occident et l'objectif est tout simplement de supprimer toute possibilité d'Etat palestinien viable. Politiciens et médias occidentaux ont pour dogme de ne jamais agir contre l'Etat d'Israël quand bien même celui-ci occuperait et coloniserait des territoires déjà habités. La faute commise par l'un des leurs devient une faute ad vitam aeternam et ce sont les Palestiniens qui expient pour une faute qu'ils n'ont pas commise. Ainsi va l'ordre impérial.


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