DzActiviste.info Publié le jeu 18 Avr 2013

Uruguay : le vrai président normal

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       Au pouvoir depuis deux ans, l’ancien guérillero « Pepe » Mujica a fait de son pays un laboratoire politique. Portrait d’un chef d’Etat pas comme les autres.
« Uruguay : le vrai président normal », c’est le nouveau numéro de Courrier international, en kiosques jusqu’au 5 décembre.
Uruguay : le vrai président normal

Au pouvoir depuis deux ans, l’ancien guérillero « Pepe » Mujica a fait de son pays un laboratoire politique. Portrait d’un chef d’Etat pas comme les autres. « Uruguay : le vrai président normal »,
c’est le nouveau numéro de Courrier international, en kiosques jusqu’au 5 décembre.

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L’élection, en 2009, de José Mujica, deuxième président de gauche de l’histoire de l’Uruguay, ce petit pays souvent en avance sur son temps, aurait pu passer quasi inaperçue. Ce n’est pas le
premier dirigeant de la région à ne pas appartenir au sérail politique. Et la presse tant latino-américaine qu’internationale l’a longtemps ignoré. Mais ce vieux guérillero rescapé des cachots
de la dictature a une vraie particularité : il semble insensible aux sirènes du pouvoir, ­cultive son quotidien d’“homme normal”, en refusant tout protocole et 90 % de son salaire présidentiel
et en continuant à vivre dans sa ferme. Il dit ce qu’il pense – au grand dam de ceux qui souhaiteraient un président avec plus de prestance… Et n’a pas peur de lancer des pavés dans la mare,
telle la légalisation totale du cannabis dans une région où la lutte contre le trafic de drogue est une question prioritaire. Un président normal, un vrai, en somme ?
ÉDITORIAL, Jean-Hébert Armengaud
  
  Uruguay : des pétards, une bombe
 
 
      Ecrasé par deux géants, le Brésil et l’Argentine, le minuscule Uruguay aurait pu ne jamais exister. Les soubresauts de l’Histoire en ont décidé autrement, et
c’est heureux. Ce nain géographique a souvent pesé beaucoup plus, en Amérique latine et dans le monde entier, que sa maigre démographie. L’Uruguay fut l’un des premiers pays du monde à abolir
la peine de mort, en 1907. Six ans plus tard, il autorisait les femmes à réclamer le divorce. Mais déjà, en 1877, il n’avait pas attendu Jules Ferry pour décréter l’école publique, gratuite –
et quasi laïque – sous l’influence de penseurs et d’hommes politiques libéraux, au sens politique et noble du terme.
 
   Un an plus tard naissait Horacio Quiroga, ce que l’Uruguay a légué de plus beau au monde de la littérature, donc au monde tout court. Encore un précurseur ? Ce poète et surtout
nouvelliste inimitable fut, plus tard, qualifié de “père” du réalisme magique latino-américain – Alejo Carpentier, Julio Cortázar, Gabriel Garcia Márquez, etc. Pas sûr que cet esprit libre et
inclassable aurait apprécié d’entrer ainsi dans une case. José Mujica, le président uruguayen, décalé, libre et inclassable lui aussi, aurait presque pu être l’un des personnages du grand
recueil de nouvelles d’Horacio Quiroga Contes d’amour, de folie et de mort* – à lire et à relire – si ceux-ci n’étaient pas aussi terrifiants et tourmentés.
“Pepe” Mujica, lui, a les pieds bien accrochés à cette terre qu’il aime. Et c’est un précurseur. Seul au monde, il lance un grand projet : l’Etat uruguayen va contrôler la production et assurer
lui-même la commercialisation du cannabis

 


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