DzActiviste.info Publié le ven 21 Mar 2014

Va-t-on laisser le pays aux Dalton ? (1et 2)

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Va-t-on laisser le pays aux Dalton ? (1et 2)

Auteur d'une blague de mauvais goût sur les Chaouis qui aura fait sortir des Algériens dans la rue, Abdelmalek Sellal vient de nous apprendre qu'il y a pire que de ne pas avoir le sens de l'État : ne pas avoir le sens de l'humour ! La plaisanterie dans la bouche d'un esprit moyen devient aussi dangereuse qu'un revolver entre les mains d'un gamin.

Dans son obstination à vouloir coûte que coûte rivaliser avec Boubegra, Sellal nous rappelle l'immensité de notre déchéance : nous dépendons de dirigeants qui ont pour seule ambition de ressembler un jour à Kaci Tizi Ouzou. On a les aspirations qu'on peut. Du reste, notre Premier ministre, promu directeur de campagne d'un candidat impotent et aphasique, entend nous démontrer qu'il n'est pas utile d'avoir d'autres prétentions dans cette Algérie dont il s'obstine à répéter qu'elle est parfaitement gouvernable à partir d'un fauteuil roulant. Abdelmalek Sellal surpasse, ce faisant, l'ancien ministre de l'Intérieur Nourredine Zerhouni, autre imitateur de Boubegra et dont on pensait la réputation de gaffeur inégalable. Mais non ! Le clan présidentiel, c'est comme le cirque Amar, il y a toujours un amuseur pour vous faire oublier l'autre ! La Famille qui nous gouverne a des réserves désopilantes aussi inépuisables que celle des Simpson. Le premier à avoir compris les potentialités hilarantes qu'il y a dans chaque mafia, fut Charlie Chaplin, dont on célèbre cette année le centenaire du début dans le cinéma. S’il a pu tant nous faire rire en pastichant Al Capone, Bugsy Siegel ou Lucky Luciano, c’est qu’il y avait, dans la guerre des gangs, un côté burlesque tout à fait insoupçonnable que seuls savent capter les artistes de talent. Aujourd’hui encore, Robert de Niro en campant dans Mafia blues, le rôle d’un caïd de la pègre dépressif et Sylvester Stallone, un parrain pas très dangereux aux prises avec les caprices de sa fille dans Oscar, finissent de nous convaincre que la grande famille du crime organisé pouvait, finalement, être aussi drôle que les Dalton. C'est d'ailleurs en Dalton qu'ils agissent. Une centaine de chefs d'entreprise, parmi les plus prospères du pays, viennent de se faire braquer dans une salle d'Alger, à l'insu de tous. Le pistolet sur la tempe, ils ont voté le soutien au quatrième mandat, c'est-à-dire à l'homme qui les a réduits au silence et à l'inertie durant 15 années. Il se raconte même que nos chers patrons, en plus de s'être fait hara-kiri, se sont faits dindons de la farce, se soulageant généreusement de la coquette somme de 20 milliards de centimes à celui qui leur promet déjà cinq autres années de déclin, voire de faillite pour certains. Il n'est un secret pour personne que Bouteflika leur préfère les gros importateurs, les seigneurs de l'informel qui n'ont rien de seigneurial, et contre lesquels les pauvres chefs d'entreprise pestent le soir, autour d'un verre, dans leurs villas cossues de Poirson, en veillant à n'être pas entendus par le voisin. C'est que nos chers patrons tremblent à l'idée d'être exclus d'un marché public ou de recevoir l'inspecteur des impôts pour un contrôle fiscal. Pas un d'entre eux ne commettrait la folie de dire tout haut ce qu'il pense tout bas ou de passer des annonces publicitaires dans le Matindz ! Surtout pas ! En cela, nos chefs d'entreprise restent une force inorganisée, sans grande consistance, sans influence, peut-être même sans stratégie du futur. À peine entend-on quelques lamentations de l'équilibriste Reda Hamiani, désolé que l'État « persiste à nous refuser le statut de vrais partenaires », regrettant qu'il n'y ait pas « assez de symbiose entre les pouvoirs politiques et économiques ». Tant pis pour eux et pour nous. Que le diable nous emporte ! Le diable, la tempête, la misère, la guerre civile, la famine et même la disparition de la carte de ce monde qui n'est peut-être pas fait pour nous. Que le diable nous emporte, peuple et nation, nous disent-ils, le regard cynique, la bouche avide, eux les légionnaires du quatrième mandat, mercenaires sans scrupules au service de leur seule ambition, gouverner encore et encore, hier derrière un chef de clan, aujourd'hui derrière un homme invalide, aphasique, sans doute même hémiplégique, gouverner pour piller, pour falsifier, pour prospérer au milieu des désespoirs, gouverner pour échapper au jugement des hommes et qu'importe si, pour cinq ans encore, une éternité, un peuple tout entier sera livré au règne de l'absurde, toujours à deux doigts de périr. Ils préfèrent notre anéantissement à leur départ. Qui ignore que le pays est au bord du gouffre après 15 années de prédation ? Ceux qui côtoient les hauts responsables des finances algériennes le savent : dans deux ou trois ans, le Trésor algérien pourrait faillir dans le versement des retraites et des prestations sociales ; dans deux ou trois ans, l'Algérie se remettra à emprunter sur le marché international pour assurer la nourriture…Qui ignore cela en dehors du milicien Sidi Saïd, chef de la centrale syndicale, qui avait imprudemment promis une augmentation de salaire pour le 24 février dernier, avant que les argentiers de l'État ne s'y opposent à la dernière minute : les caisses sont vides ! Le Bouteflika en pleine santé, avec un baril de pétrole à 140 $, a ruiné l'Algérie : l'argent, 700 milliards de dollars, a été dépensé pour les seules importations de biens de consommation qui enrichissent les seigneurs de l'informel, financer la paix sociale, engraisser les amis… Que fera le Bouteflika impotent, avec un baril de pétrole en chute libre et des réserves qui s'épuisent ? Personne n'ose imaginer. Mais alors, va-t-on laisser faire sous prétexte qu'ils ont le gourdin et la prison et nous, notre seul cri de désespoir ? Va-t-on s'abriter derrière ce mouvement Barakat ! dont on mesure que son courage est à la hauteur de son impuissance ? Va-t-on confier à quelques citoyens aussi courroucés que nous mais moins lâches, la mission de sauver ce qui reste de notre honneur ? Personne n'aura le privilège de dire qu'il ne savait pas. Si le quatrième mandat venait à s'enclencher, nous aurons été tous complices de l'homicide national, tous, patrons investisseurs qui auront préféré l'indignité du silence au courage d'un dernier combat, intellectuels et journalistes qui auront oublié de dire et d'écrire en une époque peut-être sans vertu mais pas sans mémoire, soldats et officiers qui auront mis la force au service de l'injustice, hommes politiques qui attendez la fin de cette nuit noire pour reprendre à philosopher avec les bourreaux… Non, personne ne pourra dire qu'il ne savait pas.

~~Si le quatrième mandat venait à s'enclencher, nous aurions été tous complices de l'homicide national. Homicide ? Le mot avait provoqué l’indignation de la misérable garde prétorienne chargée de veiller aux "intérêts moraux" de la bande qui dirige le pays depuis quinze ans. Mais voilà que l’ancien président, Liamine Zéroual, que l’on ne saurait soupçonner d’activité agitatrice lui qui ne s’est pas exprimé depuis 15 ans, fait irruption dans le débat national pour faire état de "ses craintes" devant la "crise de confiance structurelle", le "scepticisme exacerbé" de "l’opinion nationale exsangue" et appeler à "offrir, enfin, à l’Algérie, la République qu’elle est en droit d’exiger de son peuple et de son élite éclairée." Autrement dit, celle que n’a pu offrir Bouteflika en quinze années de règne. Les esprits aiguisés y auront vu la réponse d’un Chaoui à la bergère. Peut-être. La lettre de Zéroual peut s’apprécier comme un camouflet à ceux qui, dans son camp, avaient vendu leur âme pour un plat de lentilles, à commencer par Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia. Il enlève à ce dernier, notamment, la couverture du RND historique et sans doute celle de l’Armée aussi. Mais le message de l’ancien président Liamine Zéroual est, heureusement pour lui et pour nous, bien plus que cela. C’est le cri déchiré d’un Algérien averti devant la catastrophe nationale du quatrième mandat. Zéroual, qui dit vouloir "partager ses craintes", le clame sans détour : "Il faut se garder de sous-estimer la situation actuelle". C’est, surtout l’appel solennel d’un des plus respectables chefs de l’Armée, visiblement tourmenté par l’urgence d’éviter à ce pays en "crise de confiance structurelle", avec une "opinion nationale au scepticisme exacerbé", les incalculables ravages d’une effervescence citoyenne qui semble, selon lui, s’être installée depuis un certain temps. Effervescence ! Le doux euphémisme est lâché ! Traduisez : colère populaire. L’ancien président exprime, en fait, un point de vue dominant dans les états-majors militaires, où l’on en est venu à la conclusion que le pire est à envisager et que le pouvoir serait à la merci de sa population. L’Armée redoute au plus haut point d’avoir à se retrouver dans l’insoutenable obligation de sortir les chars dans les rues. Ce serait le pire des scénarios y compris du strict point de vue de l’intérêt de la hiérarchie militaire. Le pouvoir absolu de Bouteflika n’est plus en mesure d’assurer la sécurité et la survie du système politique algérien, donc des principales institutions qui le composent, à leur tête l’armée et les services de sécurité. Le règne de l’autocratie expose l’État aux plus gros risques du fait qu’il est inapte à répondre à une demande démocratique. Quand Zéroual écrit : "Il faut se garder de croire que la grandeur du dessein national peut relever de la seule volonté d’un homme serait-il providentiel ou de l’unique force d’un parti politique serait-il majoritaire", il parle de la bouche des éléments les plus lucides au sein de la hiérarchie militaire et du DRS qui sont arrivés à la conclusion que l’exercice du pouvoir personnel semblable à celui que cherche à imposer Bouteflika, n’est plus une solution à la décadence et au déclin d’un système. Zéroual amplifie l’inquiétude des officiers qui comprennent que le pouvoir de Bouteflika ne dispose plus d’aucun moyen de redresser la situation ni même de perpétuer l’ancien système ni encore moins de pouvoir survivre à une réaction populaire. Ces officiers sont conscients que le mal vient de la perpétuation de l'Etat-DRS depuis 1962 qui n'est plus opérationnel dans le contexte d'aujourd'hui mais dont ils souhaitent contrôler la substitution par un Etat plus démocratique, disons plus participatif, et qui calmerait les pulsions émeutières. Zéroual relaye l’inquiétude de ceux parmi les plus avisés des responsables militaires et les plus clairvoyants parmi les décideurs dans les services de renseignement – constat qui se retrouve dans les rapports des services secrets occidentaux – et selon lequel l’Etat-Bouteflika, État faible parce que coupé de la société et parce que ses possibilités de mobilisation de soutiens politiques sont limitées, n’a pas les moyens de son autoritarisme. D’où le remède préconisé par Zéroual : pour redonner sa force à l’Etat, il faut l’ouvrir aux Algériens et non le fermer au nez des Algériens. "L’alternance au pouvoir a pour vocation de consolider la solidarité intergénérationnelle, de conforter la cohésion nationale et d’instituer les bases structurantes d’une stabilité durable", nous dit l'ancien chef de l'État dans son message. C’est la nouvelle ligne directrice des chefs militaires : réformer, lâcher du lest, démocratiser. La seule manière de préserver les fragments de l’ancien système. Ce fut le crédo du général Nezzar, formulé, il y a trois ans, lors des consultations de la commission Bensalah. Pour lui, la prochaine Constitution doit garantir la pérennité du caractère républicain et démocratique de l’État, l’organisation de l’alternance au pouvoir, l’inviolabilité et la protection des droits de l’opposition et de la minorité parlementaire dans un climat de paix civile, le respect de la liberté d’expression et des libertés publiques, le droit de manifester pacifiquement… Curieusement, on retrouve ces doléances sous la plume de Zéroual appelant à "engager l’Algérie sur la voie de la transition véritable (…) œuvre nationale salutaire à la réalisation de laquelle tous les Algériens doivent être associés. En effet, La grandeur du dessein national est intimement liée à la grandeur du peuple et à sa capacité d’œuvrer constamment à conquérir de nouveaux espaces démocratiques. Dans cette perspective, notre pays est indéniablement riche des potentialités et des capacités à même de lui permettre d’aller vers ces nouvelles conquêtes." Zéroual rappelle que cette préconisation de sortir de l’Etat de 1962 par l’ouverture démocratique et non par le pouvoir absolu, avait constitué l'épine dorsale de son programme-discipline du temps où il était chef de l’État. Retourner en arrière, serait diablement instructif.

( A suivre)


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