DzActiviste.info Publié le jeu 6 Déc 2012

Violence scolaire. Une école à l’algérienne

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Par Amar Cheballah

L’Algérie n’est pas une société interculturelle, dominée par des conflits communautaristes. De Tlemcen à Souk Ahras, d’Alger à Tamnarasset, il y a l’unité culturelle et l’unité linguistique. Et pourtant la recrudescence des violences scolaires ne cesse de secouer l’école. Les enseignants, les premiers à être interrogés, reconnaissent qu’ils ont été victimes au moins une fois d’actes de violence ou de délinquance» au cours de l’année précédente. Les faits à l’origine de ces violences émanent des élèves, de leurs parents, ou du corps enseignant. Premiers faits évoqués, les injures ; suivent les menaces, l’ostracisme, c’est-à-dire la mise à l’écart par les collègues et le harcèlement. A cela s’ajoutent désormais le voyeurisme sexuel, le racolage devant les portes des établissements, devant des cas de pédophilies plus fréquents au cours de ces dix dernières années. Rien qu’au cours de l’année passée, pas moins de cinq cas ont été enregistrés dans la vallée du Djurdjura, alors que plusieurs jeunes lycéennes ont été victimes de violences sexuelles de la part de leurs propres enseignants. Des jeunes filles contraintes à l’avortement par les parents dans le secret le plus absolu a la grande stupeur de la police sommée par les familles des victimes et l’entourage d’interrompre l’enquête. Les violences physiques sont plus fréquentes. Des enseignants interrogés avouent avoir été bousculés violemment. Dans certains lycées et collèges, des enseignantes affirment avoir reçu plusieurs fois dans leurs carrières des coups de leurs élèves. Il reste que cependant les conflits entre enseignants et parents, dominent la hiérarchie des violences scolaires. Il arrive souvent que des parents, à la suite de mauvais résultats de leurs enfants, s’en prennent violemment aux enseignants et à la direction de l’établissement.

Selon de nombreux conseillers pédagogiques et autres inspecteurs, outre le manque de formation de l’enseignant et le relâchement des parents, la violence à l’école est due en grande partie à un manque de repères. Pas uniquement un manque de repères de valeurs, mais aussi et très souvent un manque de repères quasiment géographiques. En effet, comment comprendre le phénomène de la violence scolaire lorsqu’aucun module n’est dispensé pour permettre à l’enseignant de reconnaitre à temps les signes précurseurs chez l’élève sujet à la violence ? Comment un enseignant qui ne sait pas libérer l’affectivité de l’élève, notamment celui issu des milieux pauvres dominés par la précarité et le chômage, peut-il devenir un instrument de lutte efficace contre les germes de la violence scolaire ? Tandis que ces violences ne cessent de s’enfler au fil des années, aucun programme de prévention n’a été mis en place par le Ministère de l’Education nationale. Si bien qu’aujourd’hui la violence dans les écoles ne choque plus, n’émeut plus personne. La violence s’est banalisée.

Or, selon plusieurs études établies par des psychopédagogues de renommée mondiale, les séquelles de la violence scolaire peuvent être importantes, notamment pour l’équilibre de la santé mentale pour le fonctionnement même de la scolarité de l’élève – absentéisme, mauvais résultats scolaires, tendance à la dépression, suicides – et par la suite, installé dans un rôle de victime ou un rôle d’agresseur. Cette étude montre que 60 % des élèves harcelés de façon permanente ont des problèmes avec la société, la justice une fois à l’âge de 24 ans.

Selon G Mohamed, enseignant, qui déplore la recrudescence des violences scolaires, « la meilleure façon d’en finir avec cette situation est d’en parler librement avec ces enfants, tout en établissant des échanges adaptés à leur l’âge. Et aussi établir un dialogue permanent entre les parents d’élèves et les enseignants, car ce sont eux qui sont à même de percevoir les changements de comportement scolaire, qui sont révélateurs de ce type d’agressions. Il faut associer étroitement la présence des parents à cette prévention. »

« Or, ajoute t-il, certains parmi ces parents ne connaissent même pas l’endroit ou se trouve l’école de leurs enfants. De son coté la direction de l’établissement n’a jamais songé à les associer aux comités des parents d’élèves ni de les interpeller sur leur devoir de continuer l’éducation de leurs enfants au sens et aux valeurs de vivre ensemble


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