DzActiviste.info Publié le jeu 18 Avr 2013

VU D’ARABIE SAOUDITE • Boston : "Pourvu que ce ne soit pas un musulman !"

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En attendant que soient découverts les responsables de l’attentat de Boston, une journaliste saoudienne observe que ses concitoyens – tout comme beaucoup d’Arabes et de musulmans – craignent de
voir l’un des leurs impliqué.

Dessin de Kroll Dessin de Kroll

En apprenant la nouvelle de l’attentat de Boston, la plupart des Saoudiens se sont dit la même chose que The Washington Post : « Pourvu que ce ne soit pas un musulman ! » Car nous avons
bien tiré la leçon du 11 septembre 2001.

A l’époque, certains parmi nous croyaient que le terrorisme était quelque chose de semblable à la violence virtuelle des jeux vidéo et qu’il ne faisait pas vraiment mal, qu’on se trouve dans le
camp des bons ou dans celui des méchants. D’autres pensaient même peut-être qu’envoyer un avion sur un gratte-ciel était un acte de bravoure.

A l’époque, il y en avait qui justifiaient sans trop de peine le fait de tuer des innocents à l’autre bout du monde en disant que c’était le droit de ceux qui étaient opprimés ailleurs.
Exactement comme cette vieille femme qui se félicitait du tsunami en Indonésie : « Bien fait, vu ce qu’ils font aux Palestiniens ! » Quand je lui ai expliqué que les Indonésiens étaient des
musulmans, je sentais que je troublais la sérénité avec laquelle elle assistait à cette « vengeance ».

Danger de soupçon généralisé

Aujourd’hui, nous savons que nous sommes TOUS dans le même bateau et que torpiller les uns revient à mettre en danger l’ensemble de ceux qui se trouvent à bord.

Nous ne savons toujours pas qui a commis cet attentat, mais ce que nous savons est que [deux] Saoudiens [un homme et une femme] qui se trouvaient là, par hasard, en ont pâti [à la fois parce
qu’ils ont été blessés et parce qu’ils ont été mis en cause, à tort].

Il ne faut pas oublier les dizaines de milliers d’étudiants saoudiens [boursiers aux Etats-Unis]. Si le nom d’un seul parmi eux devait se trouver mêlé à cet attentat, ils feront tous l’objet de
suspicion et ne pourront plus compter sur la sympathie [des Américains] dans leurs démarches administratives pour renouveler leurs visas.

Et si c’était un crime de haine ?

Nos concitoyens méritent-ils une telle suspicion ? Bien sûr que non ! Mais la question se pose de savoir ce qui a conduit nos enfants à commettre de tels actes, après le 11 septembre 2001,
quand nous avions été amenés à dire que nos enfants avaient été pris en otages par des courants extrémistes qui leur ont fait haïr la vie et donné comme seul objectif de tuer et de mourir en
martyr.

Quand un malade mental a ouvert le feu dans un cinéma de Denver [en juillet 2012], tuant quatorze personnes, les seules réactions consistaient à rouvrir le débat sur les armes à feu aux
Etats-Unis. En revanche, quand l’auteur d’un attentat appartient à une autre culture ou religion, on s’interroge sur ses motifs.

S’il est facile de limiter les questions à propos d’un tueur isolé, il est vraiment difficile d’en faire de même à propos de la haine, des appels au meurtre et des expressions de sympathie pour
des crimes qui se nourrissent d’une culture qui avance au nom de la religion.


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