DzActiviste.info Publié le jeu 7 Fév 2013

Yennayer en Lybie: à propos de l’article de Metref du soir d’Algérie

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Dans la livraison du quotidien « Le Soir d’Algérie » du 20 janvier, Arezki Metref fait un compte rendu des festivités en Libye de Yennayer (le nouvel an berbère) 2963. Une avocate oranaise réagit de façon pour le moins intolérante. Nous sommes un certain nombre à vouloir répondre à cette dame. Voici ma réponse. Le lecteur trouvera après celle-ci (ma réponse) le courrier de cette dame.

Cette avocate, « arabo-berbère » et dont les enfants sont « judéo-arabo-zénètes », qui vilipende Arezki Metref – pour avoir rapporté les festivités de Yennayer 2963 qui se sont déroulées en Lybie -, oublie une dimension fondamentale que partagent tous les berbères d’Afrique du Nord. Celle d’assumer une identité amazigh sans composition et sans ajout. Je veux dire que cette appartenance identitaire n’est, pour eux, l’otage d’aucun concubinage qui soit. Ni arabe, ni zénètes, ni judéo… que sais-je encore ? Nous sommes des imazighen, point final. Nous le revendiquons clairement et sans complexe aucun.

Cette dame sait parfaitement que de politique et d’idéologie, il en est question dans le courrier qu’elle a adressé au journaliste. Et elle en fait de manière étroite et intolérante, comme le bourgeois gentilhomme, ce personnage de Molière, qui fait de la prose sans le savoir. Car elle sait bien que depuis l’émergence de cette juste revendication identitaire, les pouvoirs (tous) qui ont présidé au destin de la Numidie antique, ont tenté de contenir – faute de pouvoir l’étouffer  – l’identité amazigh dans un métissage improbable avec l’identité arabe. « Nous sommes tous des imazighen arabisés par l’Islam » avait déclaré le président Bendjedid au lendemain du printemps berbère d’avril 1980.

Et voici que l’avocate ajoute un qualificatif (ou un  attribut ?), « judéo… » – une dimension religieuse qui a été violemment combattue et chassée de notre pays, au lendemain de l’indépendance – pour tenter de noyer (ou de dépouiller de son authenticité) cette identité originelle et millénaire de cette partie du monde, qu’est l’amazighité. Faut-il rappeler à cette dame, si elle l’a oublié, que le judaïsme a été la première religion de l’Afrique du nord ? Pourquoi elle s’approprie maintenant cette religion ? Est-ce parce qu’elle est la descendante de la reine Dyhia et du prince Koceila ? A moins que, par un effet de mode, elle ne recherche une filiation avec les juifs descendus, à la suite de leur persécution, de l’Andalousie. Cela fait, sans doute, bien dans le pédigrée de descendre de ce peuple érudit qui a contribué au rayonnement du califat de Cordoue. Quand aux zénètes, elle s’en affilie parce qu’une grande partie s’est, dans le désir de s’anoblir, identifiée aux arabes. Une assimilation qui les a rapidement fait disparaître. Le vœu que cette dame formule certainement pour tous les berbères d’Afrique du nord ?

Non, cette avocate – dont je peux, au demeurant, comprendre le sens de la démarche – ne se sent pas berbère pour un sou. Comme tous ceux qui se disent arabo-berbères, elle s’est accommodée de l’amputation, par l’Etat algérien, d’une partie de son identité. La langue amazigh n’est toujours pas officielle dans son pays. Je lui accorderais le bénéfice du doute si elle commettait – et si elle venait à convaincre tous les « arabo-berbères », comme elle, de commettre – un autre courrier dans la presse nationale pour revendiquer, cette fois-ci, l’officialisation de tamazight, son autre langue. Chiche, une nouvelle constitution est en préparation…

Voici le courrier de l’avocate.

P. S. : Qui n’a rien à voir ou peut-être que si, un peu, quelque part : suite à la chronique intitulée Yennayer à Tripoli» ( Le Soir d’Algérie du 20/01), j’ai reçu cette lettre d’une lectrice. Je la publie in extenso. Sans commentaires.

«Bonjour Monsieur Metref,
En lisant sur le Soir d’Algérie votre article relatant la fête de Yannayer (que j’ai toujours appelée Naïr depuis ma tendre enfance) à Tripoli, j’ai été quelque peu interloquée. A vous entendre, ce que j’appelle, et que toute ma région de l’Oranie appelait donc NAÏR, était célébré jusque-là dans les caves, en tout cas dans la clandestinité. Vous ne trouvez pas que vous y allez un peu fort ? Vous ne trouvez pas que vous dénaturez la réalité qui est beaucoup plus complexe et ce, sans prendre la peine de vérifier si une pareille affirmation n’est pas contredite par ce qui se passait vraiment dans les autres régions que la sacro-sainte Kabylie ? Puisque vous n’avez pas pris cette précaution avant de vous fendre de votre brûlot de propagande éhontée, j’ai le regret de vous contredire : cet évènement qui n’a pas la dimension mystique que vous voulez lui coller, était célébré dans les familles avec toute la pompe requise mais sans la coloration politique et idéologique que vous et vos semblables voudrez lui donner. Votre volonté de vous accaparer d’évènements qui appartiennent à tous pour en faire des mots d’ordre dont le but, de plus en plus évident, est de cliver, diviser, disséminer le racisme et la haine, trouvera en face une autre volonté : celle des Arabo-berbères et ils sont nombreux pour vous dire : notre personnalité double et riche vaut bien la vôtre étriquée, égoïste et persuadée de sa supériorité transcendantale. Tant que vous œuvrerez pour la division, vous vous condamnez à rester une minorité sans pouvoir malgré vos rassemblements «de matchs de foot», manifestation de votre jalousie endémique. Une arabo-berbère et fière de l’être, descendante d’un Arabe et d’une arabo-zénète, mère de trois enfants judéo- arabo-zénètes par leur père. 

 


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